Face à l'urgence de la pollution plastique et aux défis environnementaux qu'elle pose, les entreprises jouent un rôle clé dans la transition écologique. Dans cette interview, Marie Marchand-Pilard, responsable chez EpE, nous éclaire sur les actions concrètes des grandes entreprises pour réduire leur empreinte plastique, les leviers de l'éco-conception et les collaborations nécessaires entre acteurs publics, privés et la société civile. Une plongée au cœur des initiatives et des innovations qui redéfinissent l'avenir des plastiques, en lien avec les enjeux sanitaires, environnementaux et réglementaires.
Pouvez-vous nous présenter EpE et son rôle dans la transition écologique ?
M.M-P : EpE, l'Association française des entreprises pour l'environnement, regroupe plus de 60 grandes entreprises de divers secteurs d'activité. C'est un espace d'échange sur des sujets liés à la transition écologique. Nous y abordons une variété de thèmes, dont les plastiques, pour susciter des actions concrètes.
Quelles actions concrètes les entreprises mettent-elles en œuvre pour réduire la pollution plastique à chaque étape du cycle de vie des produits ?
M.M-P : Les entreprises agissent sur l'ensemble du cycle de vie des plastiques. Elles repensent leur utilisation dans une logique de sobriété, par exemple en adoptant des politiques de zéro emballage plastique à usage unique ou en privilégiant des solutions réemployables. Certaines améliorent la conception des plastiques pour réduire leur impact environnemental et sanitaire.
Des mesures sont mises en place pour limiter les rejets dans l'environnement, comme la réduction des émissions de microfibres textiles lors de la production ou de particules issues des pneumatiques. Enfin, elles sensibilisent les consommateurs à adopter des solutions alternatives et à limiter leur consommation de plastique.

Comment les entreprises peuvent-elles anticiper et s'adapter aux évolutions réglementaires liées à la pollution plastique, notamment le futur traité international prévu pour 2025 ?
M.M-P : Les entreprises commencent par calculer leur empreinte plastique pour réduire leur dépendance. Elles identifient les substances chimiques préoccupantes et explorent des solutions pour les substituer. Une meilleure traçabilité de la composition des plastiques est également essentielle. Elles réfléchissent à des alternatives aux plastiques tout en évaluant l'impact environnemental de ces alternatives sur l'ensemble de leur cycle de vie.
Concernant le futur traité international, il vise à couvrir l'ensemble du cycle de vie des plastiques, contrairement à d'autres approches qui se concentrent uniquement sur les déchets plastiques. Bien que les négociations soient reportées, les entreprises n'ont pas attendu pour agir.
Quelles innovations ou solutions d’éco-conception voyez-vous comme des leviers majeurs pour transformer durablement l'utilisation des plastiques ?
M.M-P : L'innovation et l'éco-conception permettent de réduire l'empreinte environnementale et sanitaire des plastiques dès leur conception. Cela inclut la réflexion sur leur fin de vie pour prévenir les rejets dans l'environnement. L'utilisation de matériaux alternatifs aux polymères fossiles vierges est également un axe de travail.
Quel rôle peuvent jouer les collaborations entre entreprises, pouvoirs publics et société civile pour réduire la pollution plastique d’ici 2040 ?
M.M-P : Ces collaborations sont essentielles pour accélérer les changements nécessaires, qu’il s’agisse de recherche, de financement ou de mise en place de nouveaux modèles économiques. Par exemple, les partenariats peuvent favoriser le développement des filières de tri et de recyclage. Les pouvoirs publics ont également un rôle crucial dans la réorientation des flux vers des plastiques recyclés, notamment en rendant ces derniers plus compétitifs que les plastiques vierges.
Quels sont les principaux risques pour la santé humaine et les écosystèmes liés aux plastiques, et comment EpE travaille-t-elle à les prévenir ?
M.M-P : Les plastiques aggravent le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Ils contiennent jusqu'à 16 000 substances chimiques, dont 4000 sont identifiées comme préoccupantes. Cela peut provoquer des cancers, des maladies cardiovasculaires ou des perturbations endocriniennes.
EpE aide les entreprises à évaluer la toxicité des plastiques et à substituer les composés les plus dangereux, réduisant ainsi leur impact sanitaire et environnemental.
Faut-il réduire ou remplacer les plastiques ?
M.M-P : Il n’existe pas de solution unique. Certains plastiques, notamment dans la santé ou les transports, sont essentiels. Pour d’autres, comme les emballages à usage unique, une réflexion sur la réduction ou le remplacement est nécessaire. L’éco-conception doit inclure la fin de vie des plastiques, et les alternatives doivent être évaluées sur l’ensemble de leur cycle de vie pour éviter de créer d’autres impacts négatifs.
Les entreprises françaises jouent-elles le jeu pour réduire la pollution plastique ?
M.M-P : Les entreprises membres d’EpE sont conscientes de l’enjeu et anticipent souvent les réglementations à venir. Elles ont déjà commencé à agir, prenant des initiatives volontaires pour réduire leur empreinte plastique, témoignant d’un engagement croissant en faveur de la transition écologique.
